Ados, Internet et sexualité

Ados, Internet et sexualité

D’après la communication de H. Jacquemin-Le Vern

Avant l’avènement de l’Internet, il y avait des films pornographiques et, selon une étude de la médecine scolaire, 40 % des adolescents entre 11 et 15 ans en avaient visualisé au moins un. À la sortie du collège, cette proportion atteignait 100 %. Nous sommes très souvent impressionnés par la maîtrise des nouveaux médias par les adolescents, la facilité avec laquelle ils surfent, passant d’un média à l’autre. Les adolescents pensent qu’ils maîtrisent les messages et les images auxquels ils sont exposés, mais Internet est tout sauf un lieu protégé et très souvent ils peuvent s’y sentir très seuls.
Cinq véhicules sont utilisés de façon régulière par les adolescents sur Internet :
– le chat, qui est une sorte de boîte de dialogue ouverte dans laquelle chaque intervenant peut donner son avis sous couvert d’un pseudonyme, – la messagerie instantanée, ce sont les SMS, que l’on connaît bien ;
– les blogs, qui sont des journaux en ligne ;
– les réseaux sociaux, tel que Facebook, dans lequel l’adolescent crée son profil auquel aura uniquement accès une liste d’amis ;
– le 5e véhicule est plus récent, il s’agit du « chatroulette ». Il s’agit d’un chat visuel dans lequel l’adolescent n’a pas de nom, de prénom, ni de pseudonyme. C’est un genre de galerie où les personnages vont se visualiser mutuellement à travers leurs webcam, parfois dans des tenues et des poses suggestives.
L’Internet pose essentiellement le problème des sollicitations sexuelles. David Finflehor avait estimé que seul 1 % des arrestations était lié à ce type d’agression sexuelle contre un enfant. Seuls 4 % de ceux recrutés dans son étude avaient reçu une sollicitation sexuelle, avaient envoyé leur image ou avaient été gênés par les images qu’ils avaient pu visualiser. Un autre auteur, Ybarra, a identifié essentiellement les « chat room » comme des lieux d’agression. Les réseaux sociaux sont largement en retrait, avec seulement 4 % des agressions dans la visualisation des images pornographiques.
L’effet des images sur les enfants est variable selon le sexe.
Chez le garçon, ces scènes de nudité ou d’actes sexuels entraînent une excitation. En revanche, chez l’adolescente, la visualisation de ces images s’accompagne d’un sentiment de honte, de gêne. Une autre dérive est le harcèlement en ligne. Il s’agit d’un acte d’agression ouvert et intentionnel vers une autre personne, dans le but de l’embarrasser, l’humilier, la menacer. Très souvent, la victime et l’agresseur se connaissent dans la vie réelle.
Internet est un média formidable qui permet d’acquérir et de retrouver des connaissances, mais dans le cas des adolescents, l’effet peut être à double tranchant.
Que faut-il faire finalement ? Il faut reconnaître à l’adolescent le droit de pouvoir parler de sa sexualité à des inconnus et d’avoir sa propre sexualité. Il est important, pour les parents comme pour les éducateurs, de faire comprendre aux adolescents que la pornographie a un but commercial. L’adolescent ne doit pas être obnubilé par la performance sexuelle et la taille de son pénis, et la jeune fille ne doit pas se considérer comme un objet et accepter une position passive et soumise comme elle apparaît dans les films pornographiques. Il serait souhaitable que l’on puisse créer des postes d’éducateurs numériques au même titre qu’il existe des postes d’éducateurs sociaux ou d’éducateurs sexuels. Il faut que les parents acceptent de s’asseoir devant la machine avec l’adolescent pour lui montrer les outils qu’il peut utiliser et qui peuvent l’aider face à un prédateur, tel que l’onglet « signaler un abus » sur skyblog, ou encore l’onglet « signaler » du ministère de l’Intérieur. Une manière de lui montrer qu’il peut utiliser Internet sans crainte. Il existe, par ailleurs, des sites d’éducation sexuelle adaptés aux adolescents, tel que Doctissimo, droit des jeunes ou le CIDJ, qui peuvent être consultés par les parents ou les adolescents pour bien s’informer sur leur sexualité.

M. D.
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