PMA à l’étranger : le coup de gueule du professeur Nisand

INTERVIEW du FIGARO le 02/05/13 – Le ministère de la Santé a menacé de poursuites les gynécologues qui orienteraient leurs patientes vers des établissements étrangers. Israël Nisand, gynécologue obstétricien au CHU de Strasbourg, s’insurge.

Israël Nisand est professeur de gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg et fondateur du Forum européen de bioéthique. Il réagit à la circulaire du ministère de la Santé dévoilée mardi matin dans Le Parisien (article payant). Cette dernière rappelle aux praticiens français qu’ils risquent une lourde peine s’ils transmettent à des couples français candidats à la procréation médicalement assistée (PMA) des informations sur les établissements étrangers qui réalisent ces pratiques.

LE FIGARO. -Que pensez-vous de cette circulaire?

Pr. Israël NISAND. – Un vent de folie souffle au ministère de la Santé. Pour commencer, je n’ai jamais constaté ces pratiques (des cliniques étrangères qui proposent de rémunérer les gynécologues qui leurs envoient des patientes, NDLR). Cette circulaire me choque. Elle rappelle d’autres périodes où les médecins n’avaient pas le droit de parler de contraception ou d’IVG aux femmes sous peine de risquer des peines de prison!

Les patientes ou les couples français sont-ils souvent orientés vers des cliniques étrangères?

Que dire à ses patientes quand des pratiques ne sont pas réalisées en France? Que faire quand un don d’ovule est impossible et que l’on nous demande un avis? Faudrait-il faire comme si on n’avait aucune adresse? Il faut tout de même rappeler qu’il n’y a pratiquement plus de dons d’ovocytes en France! Dans ses conditions, quand une femme demande conseil, on n’a pas le choix.

Quelle réponse la France peut-elle donner à ce «tourisme procréatif» de couples qui vont réaliser des PMA à l’étranger?

En France, il y a deux ans d’attente avant un don d’ovocytes. Certaines femmes sont découragées d’avance et ne demandent même plus à engager cette démarche. Dans ces conditions, la circulaire du ministère de la Santé est incompréhensible. Il y a un vrai problème. Nous n’avons jamais réfléchi à la manière de faire avec une baisse de fertilité et des maternités tardives. Il faudrait revoir la loi de bioéthique. C’est elle qui fait que le don d’ovule est quasiment impossible en France.

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